LES ENFANTS DU TITANIC

Elisabeth NAVRATIL BOUILLON

Hachette - 1982 * Livre de Poche * Hachette Jeunesse - 1998

ISBN-10 : 2010084373

ISBN-13 : 978-2010084379

1ère édition :

On connaît le sort du Titanic. Restait, après tout ce qui jusqu'à maintenant a été écrit sur ce sujet, à raconter son drame de l'intérieur.

Dans ce roman bouleversant, tous les faits sont authentiques. Elisabeth Bouillon raconte la catastrophe vécue par son père, alors âgé de 4 ans, et son grand-père qui périt dans le naufrage ; catastrophe qui bouleversa le monde en avril 1912 et marqua la fin d'une ère : celle de la première révolution industrielle où l'homme s'imaginait pouvoirvaincre la nature et croyait au progrès indéfini.

Autour de l'histoire vraie des enfants (seuls les noms ont été changés), c'est l'histoire vraie du Titanic qui nous est relatée, avec tous les détails apportés par une enquête minutieuse : l'histoire de ses inventeurs, de ses propriétaires, de ses plus illustres passagers, et des plus humbles aussi, les émigrants qui portaient tout leur espoir sur l'Amérique.

C'est aussi l'histoire des incroyables erreurs et négligences qui coûtérent la vie à 1500 personnes.

Elisabeth Bouillon, ancien professeur d'allemand est critique musical. Elle a collaboré à Harmonie, Lyrica, puis Diapason. Elle a publié Le Ring à Bayreuth ou la Tétralogie du Centenaire (Fayard, 1980).

2ème édition :

"Non ! Ne pars pas, maman ! Le bateau coulera, vous allez tous mourir !" Autour de la jeune fille qui s'accroche à sa mère pour l'empêcher d'embarquer, les passagers, ces heureux privilégiés, sourient d'un air ravi. Ils savent tous que le Titanic, géant magnifique qui entame son voyage inaugural, est insubmersible. Seul, Michel, l'émigrant, sent son cœur se serrer. Et si, au lieu du rêve entrevu d'une nouvelle vie en Amérique, la mort les guettait, lui, Michel, et ses deux petits garçons qu'il vient d'enlever à leur mère ?

Postface :

Chers amis lecteurs, L'histoire que vous venez de lire (ne commencez pas par la postface, attendez d'avoir tout lu) est une histoire vraie. Les souvenirs de mon père, très fragmentaires, ont aiguisé depuis ma petite enfance une curiosité inextinguible sur le grand événement qui perturba profondément l'histoire de notre famille et auquel, par un juste retour des choses, ma génération et les suivantes doivent d'exister. Ces souvenirs étaient réduits à la portion congrue : le mal de mer lors de la traversée de la Manche pour rejoindre Londres, la promenade sur le port de Southampton au pied de l'immense muraille du Titanic, les œufs servis sur le grand plat d'argent dans la salle à manger de seconde classe, l'immensité du pont-promenade et les chaloupes accrochées aux bossoirs, le message ultime confié à Lolo pour sa maman, l'adieu du petit garçon à son père resté sur le Titanic, la glace flottant sur la mer autour des chaloupes, l'ascension terriblement vexante sur le Carpathia dans un sac de pommes de terre et, pour finir, la vaisselle d'or de Margaret Hays à New York. J'avais envie de tout apprendre sur cette histoire.

Pour que me vienne l'idée de reconstituer l'épopée vécue par mon grand-père, mon père et mon oncle Edmond, il a fallu un précieux concours de circonstances.

En 1976, mon père reçut une lettre qui joua le rôle de déclencheur. Un certain Sydney Taylor lui annonçait qu'il survolerait bientôt la France en ballon et que, si mon père n'y voyait pas d'inconvénient, il ferait bien une halte à Montpellier pour lui rendre visite. "Tu ne te souviens certainement pas, mon cher Michel, lui écrivit-il, que tu as passé trois semaines avec ton frère Edmond dans notre famille à Boston en avril-mai 1912. En ce temps-là, nous ne connaissions que vos surnoms de Lolo et Mormon. Miss Hays, une jeune amie de mes parents, vous avait confiés à eux le temps qu'elle retrouve votre mère. Vous n'avez logé chez elle que les deux ou trois jours qui ont suivi votre arrivée à New York. Le reste du temps, vous l'avez passé chez nous. J'avais six ans et j'étais l'aîné de quatre enfants. Je me souviens de vous comme si c'était hier."

Et puis il y avait encore autre chose, si incroyable que je ne l'ai pas raconté dans ce livre parce que la vérité dépasse la fiction et que personne ne m'aurait crue. Sydney racontait dans la même lettre que les petits Taylor avaient une baby-sitter du nom de Caretto, une jeune Italienne originaire de Gênes, venue passer un an à Boston pour apprendre l'anglais. Caretto, cela ne vous dit rien? Eh bien c'était la cousine germaine de Marcelle ! Et elle contribua fort efficacement à la reconnaissance des petits Navratil.

Donc, mon père, Michel Navratil, le petit Lolo de l'histoire, accepta avec enthousiasme la proposition de Sydney. Celui-ci, alors âgé de soixante-dix ans, descendit du ciel en ballon et lui apporta en cadeau un petit recueil tapé à la machine dans lequel il reconstituait toute l'histoire de Lolo, Momon et Marcelle à New York. Il avait consulté les archives de la Children's Aid Society, interrogé ses vieux parents et tout scrupuleusement noté. Grâce à lui, tout un pan du passé renaissait pour mon père et pour moi. L'impulsion était donnée. Il suffisait de travailler à rebours, en consultant les nombreux ouvrages déjà parus sur le Titanic et en dépouillant la presse de l'époque.

J'ai donc écrit un premier livre sur cette histoire, paru chez Hachette en 1981. Il s'adressait aux adultes mais aussi aux enfants. Mais mon père s'était opposé à ce que je raconte toute la vérité, alors il y avait beaucoup de choses inventées. C'était un roman.

C'est seulement récemment que mon père, très sollicité par les médias parce que le Titanic était redevenu d'actualité avec la merveilleuse épopée de la découverte de l'épave, commença à parler publiquement de son père et de sa mère, et des raisons de leur brouille. C'est pourquoi j'ai réécrit leur histoire, avec les vrais noms et les vrais événements. Ce livre s'adresse aux enfants mais aussi aux adultes.

En fait, c'est en partie le même livre, mais ce n'est plus tout à fait un roman. Ce n'est pas non plus un véritable récit biographique car j'ai pris certaines libertés avec les événements historiques. Entre autres choses, j'ai situé à dix-neuf heures l'arrivée du Titanic à Queenstown alors qu'elle eut lieu à onze heures du matin, cela rendait la situation plus remarquable pour les héros.

Par ailleurs, il manque de nombreux maillons dans cette histoire (ceux qui auraient pu les restituer sont morts), si bien que j'ai dû les reconstituer par l'imagination. Je n'ai pas connu mon grand-père, et pour cause, et je n'ai vu qu'une seule fois dans ma vie ma grand-mère et mon oncle, peu avant qu'ils ne meurent. J'ai longuement regardé leurs photos, celle de mes arrière-grands-parents Angelina et Antonio et celle du marquis Rey de Villarey, le parrain de mon père. J'ai souvent interrogé ma sœur, Michèle. Elle avait beaucoup d'informations transmises par notre famille maternelle qui avait bien connu les grands-parents et Marcelle. Le reste, je l'ai imaginé en essayant de me mettre à la place de ceux qui avaient vécu ce drame. Par exemple, pour décrire en détail le Titanic et ses merveilles, pour faire évoluer les trois Navratil dans les trois classes de passagers (en réalité, jamais ils n'auraient pu accéder à la première classe, même invités par leurs amis), j'ai inventé trois personnages : Mirella, Trevor et Charles Bedford. Tous les autres ont existé, même si je les ai présentés de façon romancée : ainsi tout ce qui a trait à Olaus Abelseth a été imaginé.

J'ai également inventé l'épisode où Lolo se trouve enfermé en troisième classe parce que je ne comprenais pas ce qui avait empêché mon grand-père de mettre les enfants en sécurité sur l'un des premiers canots de sauvetage en partance, puisqu'il y avait accès. Maintenant je pense qu'il devait espérer pouvoir partir avec eux et qu'ainsi il a attendu la dernière minute. Mais si Lolo n'avait pas été prisonnier, comment aurais-je décrit la panique en troisième classe ? Il fallait bien que quelqu'un y assiste ! Et puis qui sait si je n'ai pas deviné la vérité ?

Les quatre Navratil de mon histoire sont réels et imaginaires à la fois. Réels, parce que, à quelques détails près, leur histoire est vraie. Imaginaires, parce que j'ai réinventé leur caractère, en particulier celui de mon père, Lolo, qui ne s'est jamais intéressé à la technique et aux machines mais est devenu professeur de philosophie.

En espérant que ce livre vous a procuré plaisir et émotion, bien amicalement à vous.

Onnens, le 3 août 1997

Elisabeth Navratil.